Chers amis de nos enfants d’Afrique occidentale,

J’espère que vous allez tous bien et que vous profitez en famille d’un bel été en Europe, en vous libérant un peu de vos soucis quotidiens!
Ici à l’AMPO, nous sommes en train de préparer notre départ en colonie de vacances à la campagne, prévu pour le 15 juillet, pour une quinzaine de jours. Nous avons déjà fait des cartons avec des frisbees, des jeux de Monopoly, de boules et de Scrabble, des centaines de savons, de médicaments et de livres, et plein de sparadraps!
Les cartons des différentes cuisines ne peuvent être faits qu’à la dernière minute, car nous avons encore besoin de nos énormes marmites pour la soupe de tous les jours. Nous avons en outre fait des provisions de gombo séché et de sacs de riz, car ces produits sont plus chers en province qu’en ville. Le coût de la vie a augmenté de plus de 30% au Burkina Faso, ce qui explique aussi l’insatisfaction générale, qui s’exprime dans de nombreuses manifestations, pour le moment sans incidents.
Cette fois-ci nous emmenons tous les enfants des Orphelinats, plus ceux des Centres MIA et ALMA et les enfants partiellement handicapés du Centre de Rééducation, qui n’ont pas de foyer. Tous les éducateurs, qui travaillent sur l’ensemble des projets, viennent avec nous, ce qui implique au total des bus et des hébergements pour 280 personnes, petits et grands!
Heureusement, nous nous contentons de peu, comme toujours, et nous louons une école vide, dont les salles de classe nous servent d’hébergement. C’est une bonne chose que nous n’ayons pas de lits, sinon les enfants auraient du mal à revenir à de simples nattes! Ils sont déjà tous très excités et ils bricolent des cannes à pêche et des cordes à sauter. Les grands aident les petits comme toujours. Pour leur faire une surprise le jour du départ, je vais acheter 40 tambours aux enfants, car ils auront le temps de s’exercer. Tous les enfants qui ont terminé leurs cours (pratiquement déjà de jeunes adultes) viennent aider à la colonie.
Ces derniers mois, les enfants étaient très énervés, car, du fait des évènements, ils n’ont pas pu aller en classe pendant pratiquement 6 semaines. Des coups de feu ont été tirés sur le chemin de l’école. La peur n’aide pas vraiment à la concentration! A l’AMPO, nous avons pu continuer le programme grâce aux cours de rattrapage quotidiens de nos professeurs, et cette mesure nous a beaucoup aidé : nous avons depuis hier les résultats du CEP (au bout de 6 ans d’école) et les 8 enfants de l’AMPO ont tous réussi. Nous attendons maintenant les résultats du BEPC et du baccalauréat. Cela se présente bien, nous sommes très contents des enfants qui nous remercient, ainsi que vous tous, par leurs bons résultats.
Nous nous réjouissons déjà d’accueillir les petits nouveaux. Leur sélection est effectuée par une équipe de psychologues et d’éducateurs, ce qui représente un gros travail, car nous ne sommes pas crédules et allons vérifier sur place toutes les informations, en rendant visite à tous les candidats chez eux. Nous ne prenons que les plus pauvres de ces enfants. Simultanément démarre à l’AMPO l’organisation de l’aide pour les frais de scolarité des externes, ce qui représente chaque année environ 20000 euros. C’est un énorme don de la Société Jako-O, qui permet à 500 élèves du primaire et à 200 lycéens d’aller en classe. Nous aidons ici ceux qui ont déjà de bons résultats, car nous voulons que notre pays se développe. Les paresseux n’ont aucune chance! Entre-temps, nous avons numérisé l’ensemble des noms et des résultats, et oui la technique avance ici. Evidemment ce serait mieux, si nous avions le courant nécessaire tous les jours, car nous continuons à avoir parfois des pannes de courant de 4 à 6 heures par jour.
C’est l’année des transformations dans les bâtiments de l’AMPO. L’Atelier pour les Handicapés déménage, l’Atelier de Couture déménage et s’agrandit, la cuisine des enfants intègre les locaux de l’Atelier de Couture et puis il y a le nouveau Salon de Coiffure pour la formation de nos jeunes filles, un souhait que nous avions depuis longtemps et qui se réalise. La cuisine du restaurant va être agrandie, ce qui est vraiment urgent, car nos apprentis se télescopent. Avez-vous déjà fait la cuisine dans un local de 3 m sur 3, pour une salle de 60 couverts, tout en préparant une réception à l’ambassade pour 300 personnes ? Le tout avec une température extérieure de 45°et aux fourneaux ? Je vous le dis, la logistique africaine est celle de l’extrême et cà marche! Mais dorénavant ce sera plus simple!
Les premiers bâtiments de notre nouveau projet intergénérationnel « Emma Yiri » sont terminés. A l’issue de notre troisième tentative de forage, nous avons trouvé de la bonne eau, à 48 m de profondeur, Dieu merci et inch’Allah! Tout en dépendait, et je suis restée en tremblant, trois jours entiers à côté du point de forage … tout a bien marché! Maintenant nous attendons les premières grosses pluies, puis la construction de l’école et du bureau commencera en août. Le mur d’enceinte est déjà, en partie, bien multicolore, il sera vraisemblablement achevé en octobre. Entre-temps, je me serai encore rendue deux fois en Europe, pour des conférences au Portugal et au Danemark.
Entre-temps, la nouvelle est officielle : Katrin Rohde est une » fellow Ashoka » reconnue par Washington, après un examen intensif (pendant des jours!). Vous pouvez peut-être vous connecter sur Google, je me trouve dans cette éminente association avec 2000 autres acteurs de changement, venant de 70 pays différents. Je rentre juste d’une conférence de 4 jours à Paris, à laquelle j’avais été invitée. Le travail y a été extrêmement intensif et je n’ai pensé à rien d’autre qu’à présenter l’Afrique. Mes nombreuses idées passent bien, ce qui est assez rare. Sur la photo, vous voyez notre groupe de travail dédié à l’Afrique, à l’issue d’une session de deux heures. Ce sont des personnes aux idées les plus formidables, avec entre autres à droite un belge de Tanzanie et du Mozambique, qui élève des rats pour détecter les mines antipersonnel, une ougandaise qui protège les gorilles tout en procurant à la population, qui les mange, d’autres moyens de subsistance et, au centre, Bill Drayton, le fondateur de Ashoka, un monsieur d’un certain âge, d’un grand charisme extrêmement professionnel et qui prend plaisir à travailler.
Les entrepreneurs sociaux Ashoka prennent en main les problèmes des autres et développent des modèles pratiques : une jeune fille de 16 ans se voit annoncer qu’elle est atteinte d’un cancer et elle fonde un réseau international « girls for girls », qui deux années plus tard compte déjà 45000 adhérentes, leur permettant ainsi d’échanger sur leurs problèmes et de trouver des solutions. Un vieux paysan turc cultive 8 hectares de blé biologique et constitue un lobby, qui au bout de 4 ans regroupe 50 000 paysans, qui pratiquent l’agriculture biologique en Turquie. Cet homme est analphabète et ne parle que le turc. J’ai moi-même recu un prix pour l’idée et la réalisation de notre Ferme TT, qui donne une chance à des jeunes dans les campagnes, en évitant l’exode rural, en réagissant au phénomène des enfants des rues et en permettant de créer des centaines de fermes biologiques avec des jeunes paysans, dont les voisins vont, à leur tour, reprendre ces idées à leur compte. J’en suis cependant au tout début et je sais qu’il me reste encore beaucoup de travail. Nous créons à présent un émetteur Ashoka pour toute l’Afrique. Je suis très motivée et je constate avec reconnaissance qu’au bout de 20 ans, nombreux sont ceux de nos orphelins qui sont devenus de jeunes hommes qui montrent la voie à suivre, et ce sont précisément ceux avec lesquels nous aurons un véritable avenir.
Je crois que nous pouvons encore travailler sur le modèle que nous avons adopté jusqu’ici, pour une Afrique meilleure! Evidemment, ensemble avec vous tous, n’est-ce pas captivant?
Mais d’abord nous partons en colonie de vacances, super! Grâce à votre aide, nous allons bien nous reposer, flemmarder, chanter et jouer pour commencer l’année avec des forces nouvelles.
Très cordialement et tous nos vœux.
Katrin Rohde de Ouagadougou