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Lettre d’Information de l’AMPO – Avril 2012

Quelques nouvelles du Burkina Faso

Chers amis de l’AMPO, vous tous qui nous aidez et nous accompagnez depuis tant d’années,

Il se passe tellement de choses dans notre petit pays, le Burkina Faso, que je ne sais par où commencer. Tout d’abord, et à l’africaine, je vous salue, j’espère que vous et vos familles allez tous bien et que le printemps qui arrive vous donne des ailes !

Naturellement, je commence par la Journée de la Femme, même si elle est déjà passée ! Cette journée est chaque année un grand évènement dans toute l’Afrique, dans la vie des mères, tantes, filles, amies et cousines. Toutes ces femmes se retrouvent et chacune porte une nouvelle robe, faite avec le tissu imprimé spécialement pour cette occasion chaque année. Nous parlons, donnons des conseils, montrons ce que nous savons faire, dansons et faisons la fête. Cette année, notre Centre d’Information PPF a accueilli, dès huit heures du matin, plus de 400 femmes qui ont pu déguster des gâteaux et des jus de fruits, danser et parler.

Dans ce Centre, qui reçoit environ 40000 femmes par an, elles peuvent obtenir des microcrédits et recevoir des informations sur le planning familial, la protection contre le sida, l’excision, l’hygiène etc. Les femmes en extrême précarité y reçoivent des encouragements et une aide active, dans la mesure du possible.

L’AMPO est une grande source d’espoir pour elles et elles nous le font savoir avec reconnaissance, en chantant et dansant avec nous ! Presque toutes ont des bébés ou des enfants en bas âge, et tous ces enfants sont notre espoir pour demain !
On danse jusqu’au soir dans tout Ouagadougou et traditionnellement ce sont les hommes qui doivent faire les courses pour la maison. Ils se rendent sur les marchés en ricanant et doivent alors connaître les prix des denrées – certaines marchandes multiplient en secret le prix du sucre par deux, c’est une question d’honneur !

A l’AMPO aussi toutes les filles ont mis leurs plus beaux vêtements, leurs nombreuses tresses sont bien arrangées, leurs pieds sont peints au henné et bien des petits secrets sont échangés. Cette fois-ci, les garçons de l’AMPO ont invité les filles à un match de football amical – et l’ont emporté de très peu !

Nous avons courageusement inauguré notre Centre Emma Yiri le 14 janvier. La trentaine de filles et de femmes qui s’y trouvent ont pu, à leur demande, se rendre dans notre jardin public pour y passer la journée. Ceverin, le Directeur, leur avait cuisiné tout seul un énorme repas – eh oui comme on le voit, c’est le triomphe du pouvoir des femmes !

L’inauguration de cette nouvelle réalisation de l’AMPO a fait l’objet de commentaires à la télévision, à la radio et dans les journaux. Plus de 600 invités étaient présents, sous le patronage officiel de l’Ambassadeur d’Allemagne, Monsieur Germann. Nous avons coupé ensemble le ruban, qui cette fois était vert, puisqu’il s’agit d’un projet écologique, et je n’ai pas pu m’empêcher de verser une larme, tellement j’étais émue. C’est le 7ième Centre de l’AMPO à être inauguré par un Ambassadeur d’Allemagne et je trouve que c’est un honneur pour les deux parties !

Suivant le concept qui est à la base de ce Centre, il était logique que le buffet soit bio et tout a été liquidé en un clin d’œil. Six Ambassadeurs nous ont fait l’honneur de leur présence et le champagne a coulé à flots, tandis que les 46 filles de l’AMPO jouaient du djembé et dansaient.

Les Présidents de l’Association et de la Fondation Katrin Rohde, Gerolf Wolpmann et Rebecca Trienekens, étaient venus d’Allemagne pour cette inauguration. Sabine Duwe du Bureau de Plön, que beaucoup d’entre vous connaissent par téléphone, se trouvait là aussi, une nouvelle fois au Burkina Faso. C’était un grand honneur et une grande joie pour tous nos collaborateurs et pour tous les enfants de l’AMPO, pour lesquels les invités ont organisé une fête avec des saucisses et des jeux ! D’autres amis sont venus du Danemark, d’Italie, de France, d’Espagne et d’Autriche, du Canada et des Etats-Unis.

Entre-temps, la vie quotidienne a repris son cours avec ce nouveau projet. Le potager du Centre Emma Yiri nous fournit des légumes bio, toutes les filles vont à l’école du Centre et même les vieilles dames de plus de 70 ans apprennent l’alphabet. Je n’ai jamais entendu de discussions aussi drôles et passionnées sur la différence qui existe entre « o » et « u ». Tout le monde apprend avec plaisir et progresse.

Une formidable italienne, Maître Potier, a enseigné, pendant cinq semaines, à toutes les femmes les bases de la poterie, à tel point que nous avons déjà eu droit à notre première exposition au Centre Américain à l’occasion de la Journée de la Femme ! Notre potier burkinabé assure la suite des cours et va bientôt inaugurer notre nouveau four.

Et nos autres Centres ? Tous les enfants vont bien et travaillent avec acharnement, chacune et chacun ayant à cœur de bien terminer l’année scolaire en mai. Pour les vacances de Pâques, on bûche le matin et l’après-midi on fait du sport, et cela tous les jours. Les petits apprennent maintenant à nager, chaque année c’est un évènement ! J’ai de longues discussions avec les jeunes filles. Elles veulent toutes être infirmières, c’est la mode en ce moment, et j’essaie de les en dissuader, car toutes n’ont pas les dispositions nécessaires. Le choix d’un métier est difficile dans un pays où il y a si peu de garanties d’avoir un emploi.

Le changement de climat, qui s’amorce maintenant, nous cause de grands soucis, avec la pénurie d’eau qui en résulte – tout du moins pour l’année passée. Pendant de nombreuses années, le gouvernement du Burkina Faso a sans cesse proclamé l’état d’urgence – bien trop souvent et sans raison. Seule une région de notre pays était concernée et aussitôt l’état faisait appel à l’aide internationale. Or, ici, chacun sait très bien vivre avec peu, on est habitué depuis un millénaire à faire face à toutes les catastrophes et en général on se plaint rarement. Etre pauvre est normal et il y a une marge entre la pauvreté et la misère !
Mais cette année, il s’agit désormais de l’ensemble de la zone du Sahel, surtout au nord où le bétail souffre déjà de faim et de soif et où les hommes sont de plus en plus maigres. La récolte de novembre ne laisse présager aucune amélioration !
Les grandes organisations d’assistance sont déjà sur place, pour éviter la situation que connaît la Somalie (au Burkina Faso, il nous faut aussi nourrir les milliers de fugitifs du Mali).

A l’AMPO, nous ne voulons pas donner des sacs de maïs ou de riz. Nous préférons davantage penser aux années suivantes, en prenant des mesures préventives durables, et vous demander une aide particulière : l’AMPO a déjà créé 16 petites fermes biologiques pour ceux qui sortent du Centre de Formation, pour lesquelles nous voudrions creuser des puits, car sans puits, il n’y a pas de récolte pour un paysan aussi bon soit-il. Un puits coûte entre 2000 et 5000 euros, en fonction de l’implantation. Voulez-vous nous aider ? C’est notre vœu le plus cher. L’eau nous donne à tous un nouvel espoir !

Après les évènements de l’année dernière, les visiteurs reviennent enfin au Burkina Faso. Les chambres d’hôtes de l’AMPO sont réservées pour des mois et notre restaurant est l’endroit préféré de nombreux groupes venant d’Allemagne, du Danemark et d’Italie.

Nombreux sont les amis qui viennent y passer quelques heures, car cet endroit est un bon poste d’observation, d’où l’on peut voir la rue sans être constamment abordé.

De nombreux touristes voient alors pour la première fois un fauteuil roulant burkinabé, car l’Atelier d’entretien des fauteuils roulants se trouve à côté. Les pièces de rechange y sont subventionnées à 75%. Je viens de recevoir les chiffres des deux derniers mois du Directeur de l’Atelier, Edouard. En février et mars, il a réparé à l’AMPO 176 fauteuils, il a fait six voyages (810 km) dans des villages éloignés, où 214 handicapés ont bénéficié de notre Atelier. Nous avons remis 11 nouveaux fauteuils roulants.

De vieux amis m’ont envoyé du Canada de l’argent pour la fourniture de 20 fauteuils. Soyez gentils de continuer à nous aider, car les handicapés qui ne possèdent pas de fauteuils roulants ont une vie misérable et indigne !

Oui ce restaurant reçoit beaucoup d’invités et c’est là qu’a lieu une fois par mois notre « réunion des habituées ». Toutes les femmes de Ouagadougou qui parlent allemand sont cordialement invitées et, pour une fois, nous ne parlons pas travail ! Cette année nous avons reçu beaucoup de groupes danois, car mon livre est paru en danois et est déjà épuisé, nouvelle surprenante ! Presque tous connaissent notre Chef Adama, sa renommée se répand dans toute l’Afrique ! Ses dons culinaires ont suscité également l’admiration de nos Présidents qui venaient d’Allemagne.

Nous avons aussi eu la visite, entre autres, de quatre pilotes de rallyes tchèques, très motivés. Arrivés dans le désert à Dakar, ils ont fait un petit « détour » de 2500 km pour venir rapidement nous saluer à l’AMPO et apporter des cadeaux offerts par des enfants tchèques. Ces héros ont été logés pendant trois jours chez les jeunes à l’Orphelinat dans leurs bolides suréquipés et aussi bruyants que des fusées. Ils ont naturellement suscité la plus vive admiration chez les enfants, qui les ont adorés. En avril, je leur rendrai visite en Tchéquie.

En effet, le cycle de conférences démarre bientôt. Je vais me rendre en Espagne, en Tchéquie, en Autriche et en Allemagne – vous aurez certainement les détails sur notre site web. Et si vous passiez par là ? Ce serait merveilleux !
Cette fois je peux partir l’esprit tout à fait tranquille, car j’ai une nouvelle personne à mes côtés, une amie du nom de Constanze Ternes. Elle vient passer les 3-4 années qui viennent avec moi à Ouagadougou, pour m’aider à résoudre les problèmes de l’AMPO. Rien ne pouvait m’arriver de mieux et je remercie à nouveau Dieu et mon destin (et naturellement vous aussi chère Constanze : merci !), car elle est arrivée juste au moment où je risquais d’être un peu fatiguée – eh oui, cette année je vais avoir 64 ans, inch’Allah, et j’ai donc le droit de montrer quelques signes de faiblesse, non ? Bon, pas tant que çà, promis !
Maintenant c’est beaucoup plus simple !
Je vous souhaite, à vous et à vos familles, un agréable printemps, avec peu de soucis, un peu de légèreté et le rire en plus.

Katrin Rohde de Ouagadougou


Lettre d’Information de l’AMPO – Novembre 2011

Chers amis de l’AMPO, chers parrains et marraines de nos orphelins,

Je vous adresse un chaleureux bonjour d’Afrique !

Actuellement, le calme est revenu ici, au Burkina Faso. Après un mois d’avril si difficile au niveau politique, nous avons eu un été relativement calme. Nous allons bientôt avoir des élections communales. Nous espérons que le calme va durer et que nos enfants pourront continuer à aller tranquillement à l’école.

Nous avons pu accueillir 14 nouveaux dans nos orphelinats, même si certains n’ont pas encore de parrains et marraines en Allemagne. Cette fois-ci nous avons beaucoup de filles. Nous attendons toujours quelques mois, avant de les prendre en charge. Nous avons été obligés de trouver une solution particulière pour la jeune Patricia, âgée de sept ans : elle était profondément malheureuse chez nous, parce que sa petite sœur – qu’elle avait toujours portée sur son dos – et son petit frère lui manquaient tellement, qu’elle pleurait en permanence et qu’elle avait le mal du pays. Elle est retournée chez elle, chez sa grand-mère, les autres membres de la famille ayant disparu. Nous payons les repas pour tous et ses frais de scolarité. Lorsqu’ils sont malades, ils viennent bien sûr dans notre dispensaire. Nous nous chargeons aussi de les habiller. Nous ferons un nouvel essai l’année prochaine.

Tous les autres se sont bien habitués. Je le vois toujours à leur attitude : au début, ils se déplacent doucement, alors qu’une semaine plus tard ils traversent la cour en sautillant. A ce moment-là, nous savons que çà va aller, qu’ils se sentent bien chez nous ! Tous sont examinés par le médecin et ont un entretien avec nos psychologues, puis on les habille de neuf. Cette année, il y a un uniforme pour ceux qui vont dans notre école, pour qu’il n’y ait pas de différence !

Dans les orphelinats, tout se passe bien grâce à Mathias Zoré, notre pédagogue, et à Christine Adamou, notre psychologue. On n’y a pratiquement plus besoin de moi, à part pour jouer avec les enfants le week-end. Je fais la lecture aux petits, un grand plaisir pour moi, car le français est une langue étrangère pour tout le monde, et pour moi aussi – puis pipi et en pyjama ! Rien que les noms nous font déjà nous tordre de rire !

Avec les grands, j’ai de vives discussions, sans fin, sur des thèmes tels que la morale ou la responsabilité. Tous sont très intéressés et viennent parfois en laissant tomber une autre activité, comme l’entraînement au football. C’est beau non ?

Les Centres MIA et ALMA peuvent fêter leurs succès, en ayant réussi à réintégrer dans leurs familles 15 jeunes filles sur les 20, qui avaient été bannies de chez elles suivant la tradition d’ici. C’est un travail difficile, qui demande beaucoup de patience et de doigté et ce, pendant des mois ! Le plus important dans ce cas c’est le respect, la politesse et le savoir-vivre à l’égard des chefs de clans et des pères de famille. C’est ce que nous pratiquons tous les jours (même si parfois j’enrage…. le tout étant de ne pas le faire remarquer ! ) Nous avons toujours à l’esprit le bien-être de tous nos enfants, c’est notre principe premier.

Le respect est aussi le principe de base de notre nouvelle ferme intergénérationnelle Emma Yiri, qui sera pleine de vie à partir du mois de décembre et inaugurée officiellement mi-janvier 2012, espérons-le par notre nouvel ambassadeur d’Allemagne, qui vient de prendre ses fonctions.

Je suis sur le chantier un jour sur deux et nous avançons bien. Par contre, les coûts de construction ont énormément augmenté. Le ciment, le bois et surtout le fer coûtent maintenant le double de ce qui était prévu à l’époque où nous avons signé le devis. Nous sommes très économes, mais les coûts nous dépassent ! Au secours !

Je suis confiante, cette sympathique réalisation sera un grand succès, d’autant plus que le Directeur Ceverin Ouedraogo, qui a une grande expérience, a déjà choisi toutes les jeunes filles et les vieilles dames dans de nombreux villages, à la plus grande satisfaction de l’équipe de Direction. La Secrétaire de notre Bureau de Plön, Ricarda Dittrich, vient de nous rendre visite avec son mari et eux aussi étaient d’accord, à l’issue de leur visite, pour dire que Emma Yiri sera une réalisation extraordinaire ! Nous attendons l’arrivée ce week-end de deux femmes potiers venant d’Italie. Ce sont elles qui financeront l’atelier de poterie et le four. Elles vont rencontrer notre propre potier pour faire un état des lieux.

Il y a toujours quelque-chose à faire et nous sommes réquisitionnés de toutes parts ! Nous allons bientôt installer un champ d’agaves dans notre ferme d’apprentissage. C’est une plante d’avenir et je serai bientôt là aussi une spécialiste !

Nous travaillons de mieux en mieux avec nos fournisseurs, pour les produits de la boutique de l’AMPO. Ce sont presque tous des anciens de l’AMPO, qui ont depuis leur propre atelier. Tout ce que vous achetez, permet d’aider leur petite famille. Ici à Ouagadougou, ce n’est pas si simple d’avoir des commandes, et donc produire pour la boutique de l’AMPO, les aide de manière tout à fait extraordinaire. Soyez gentils de regarder notre nouveau catalogue ou de visiter notre site www.sahel.de.

Et maintenant le plus important ! C’est déjà devenu une tradition de recevoir chaque année tous les enfants ou les jeunes qui ont obtenu leur BEPC ou leur baccalauréat, en les invitant chez moi pour un repas de poulet, avec tous leurs éducateurs qui ont aussi leur part dans tout cela. L’année dernière, nous n’avions pas pu le faire, je ne sais plus pour quelle raison, et tous réclament maintenant à tue-tête leur poulet ! Mais étant donné que cela représente 25 enfants, plus leurs éducateurs, ma petite maison ne suffit plus. Nous organisons donc ce repas dans le restaurant de l’AMPO, aujourd’hui à 19 heures.

Chers parrains et marraines, il aurait été formidable, que vous puissiez passer et féliciter votre filleul de son succès !

Puisque cela n’est pas si simple, je saluerai tous les enfants de votre part et nous lèverons notre verre de bissap (jus de fleurs d’hibiscus) en votre honneur. Soyez remerciés pour vos bonnes actions, qui ont abouti à un tel succès.

Je vais me rendre encore une fois en Europe cette année, pour un voyage d’une dizaine de jours au Danemark pour des conférences. Mon livre est paru en danois et, grâce à de vieux amis, une Association AMPO a même été créée au Danemark ! J’aurai ainsi l’occasion, malheureusement pour quelques heures seulement, d’embrasser mes deux petits enfants. Ensuite je resterai ici, pour Noël, avant que les voyages ne redémarrent en 2012 : des conférences sont prévues en Espagne, en Autriche, en Allemagne et – vraisemblablement – aussi aux Etats-Unis. Katrin à New-York !

Eh oui, qui l’aurait crû, le jour où, en Allemagne, j’ai largué les amarres, pour construire un petit orphelinat et vivre au calme et en paix !

Au lieu de cela, je suis devenue une voyageuse qui fait le tour du monde, une ambassadrice pour les enfants d’Afrique et une combattante acharnée pour l’égalité des chances.

J’aime être tout cela ! Mais ce que je préfère, c’est être assise au calme à la ferme, regarder les enfants jouer et écouter les arbres pousser …

Tous les enfants de l’AMPO vous saluent et vous remercient, en vous souhaitant une bonne préparation de Noël, de bons moments en famille, santé et bonheur !

Katrin Rohde de Ouagadougou


Lettre d’Information de l’AMPO – Juillet 2011

Chers amis de nos enfants d’Afrique occidentale,

Lettre d’Information de l’AMPO – Juillet 2011

J’espère que vous allez tous bien et que vous profitez en famille d’un bel été en Europe, en vous libérant un peu de vos soucis quotidiens!

Ici à l’AMPO, nous sommes en train de préparer notre départ en colonie de vacances à la campagne, prévu pour le 15 juillet, pour une quinzaine de jours. Nous avons déjà fait des cartons avec des frisbees, des jeux de Monopoly, de boules et de Scrabble, des centaines de savons, de médicaments et de livres, et plein de sparadraps!

Les cartons des différentes cuisines ne peuvent être faits qu’à la dernière minute, car nous avons encore besoin de nos énormes marmites pour la soupe de tous les jours. Nous avons en outre fait des provisions de gombo séché et de sacs de riz, car ces produits sont plus chers en province qu’en ville. Le coût de la vie a augmenté de plus de 30% au Burkina Faso, ce qui explique aussi l’insatisfaction générale, qui s’exprime dans de nombreuses manifestations, pour le moment sans incidents.

Cette fois-ci nous emmenons tous les enfants des Orphelinats, plus ceux des Centres MIA et ALMA et les enfants partiellement handicapés du Centre de Rééducation, qui n’ont pas de foyer. Tous les éducateurs, qui travaillent sur l’ensemble des projets, viennent avec nous, ce qui implique au total des bus et des hébergements pour 280 personnes, petits et grands!

Heureusement, nous nous contentons de peu, comme toujours, et nous louons une école vide, dont les salles de classe nous servent d’hébergement. C’est une bonne chose que nous n’ayons pas de lits, sinon les enfants auraient du mal à revenir à de simples nattes! Ils sont déjà tous très excités et ils bricolent des cannes à pêche et des cordes à sauter. Les grands aident les petits comme toujours. Pour leur faire une surprise le jour du départ, je vais acheter 40 tambours aux enfants, car ils auront le temps de s’exercer. Tous les enfants qui ont terminé leurs cours (pratiquement déjà de jeunes adultes) viennent aider à la colonie.

Ces derniers mois, les enfants étaient très énervés, car, du fait des évènements, ils n’ont pas pu aller en classe pendant pratiquement 6 semaines. Des coups de feu ont été tirés sur le chemin de l’école. La peur n’aide pas vraiment à la concentration! A l’AMPO, nous avons pu continuer le programme grâce aux cours de rattrapage quotidiens de nos professeurs, et cette mesure nous a beaucoup aidé : nous avons depuis hier les résultats du CEP (au bout de 6 ans d’école) et les 8 enfants de l’AMPO ont tous réussi. Nous attendons maintenant les résultats du BEPC et du baccalauréat. Cela se présente bien, nous sommes très contents des enfants qui nous remercient, ainsi que vous tous, par leurs bons résultats.

Nous nous réjouissons déjà d’accueillir les petits nouveaux. Leur sélection est effectuée par une équipe de psychologues et d’éducateurs, ce qui représente un gros travail, car nous ne sommes pas crédules et allons vérifier sur place toutes les informations, en rendant visite à tous les candidats chez eux. Nous ne prenons que les plus pauvres de ces enfants. Simultanément démarre à l’AMPO l’organisation de l’aide pour les frais de scolarité des externes, ce qui représente chaque année environ 20000 euros. C’est un énorme don de la Société Jako-O, qui permet à 500 élèves du primaire et à 200 lycéens d’aller en classe. Nous aidons ici ceux qui ont déjà de bons résultats, car nous voulons que notre pays se développe. Les paresseux n’ont aucune chance! Entre-temps, nous avons numérisé l’ensemble des noms et des résultats, et oui la technique avance ici. Evidemment ce serait mieux, si nous avions le courant nécessaire tous les jours, car nous continuons à avoir parfois des pannes de courant de 4 à 6 heures par jour.

C’est l’année des transformations dans les bâtiments de l’AMPO. L’Atelier pour les Handicapés déménage, l’Atelier de Couture déménage et s’agrandit, la cuisine des enfants intègre les locaux de l’Atelier de Couture et puis il y a le nouveau Salon de Coiffure pour la formation de nos jeunes filles, un souhait que nous avions depuis longtemps et qui se réalise. La cuisine du restaurant va être agrandie, ce qui est vraiment urgent, car nos apprentis se télescopent. Avez-vous déjà fait la cuisine dans un local de 3 m sur 3, pour une salle de 60 couverts, tout en préparant une réception à l’ambassade pour 300 personnes ? Le tout avec une température extérieure de 45°et aux fourneaux ? Je vous le dis, la logistique africaine est celle de l’extrême et cà marche! Mais dorénavant ce sera plus simple!

Les premiers bâtiments de notre nouveau projet intergénérationnel « Emma Yiri » sont terminés. A l’issue de notre troisième tentative de forage, nous avons trouvé de la bonne eau, à 48 m de profondeur, Dieu merci et inch’Allah! Tout en dépendait, et je suis restée en tremblant, trois jours entiers à côté du point de forage … tout a bien marché! Maintenant nous attendons les premières grosses pluies, puis la construction de l’école et du bureau commencera en août. Le mur d’enceinte est déjà, en partie, bien multicolore, il sera vraisemblablement achevé en octobre. Entre-temps, je me serai encore rendue deux fois en Europe, pour des conférences au Portugal et au Danemark.

Entre-temps, la nouvelle est officielle : Katrin Rohde est une  » fellow Ashoka  » reconnue par Washington, après un examen intensif (pendant des jours!). Vous pouvez peut-être vous connecter sur Google, je me trouve dans cette éminente association avec 2000 autres acteurs de changement, venant de 70 pays différents. Je rentre juste d’une conférence de 4 jours à Paris, à laquelle j’avais été invitée. Le travail y a été extrêmement intensif et je n’ai pensé à rien d’autre qu’à présenter l’Afrique. Mes nombreuses idées passent bien, ce qui est assez rare. Sur la photo, vous voyez notre groupe de travail dédié à l’Afrique, à l’issue d’une session de deux heures. Ce sont des personnes aux idées les plus formidables, avec entre autres à droite un belge de Tanzanie et du Mozambique, qui élève des rats pour détecter les mines antipersonnel, une ougandaise qui protège les gorilles tout en procurant à la population, qui les mange, d’autres moyens de subsistance et, au centre, Bill Drayton, le fondateur de Ashoka, un monsieur d’un certain âge, d’un grand charisme extrêmement professionnel et qui prend plaisir à travailler.

Les entrepreneurs sociaux Ashoka prennent en main les problèmes des autres et développent des modèles pratiques : une jeune fille de 16 ans se voit annoncer qu’elle est atteinte d’un cancer et elle fonde un réseau international « girls for girls », qui deux années plus tard compte déjà 45000 adhérentes, leur permettant ainsi d’échanger sur leurs problèmes et de trouver des solutions. Un vieux paysan turc cultive 8 hectares de blé biologique et constitue un lobby, qui au bout de 4 ans regroupe 50 000 paysans, qui pratiquent l’agriculture biologique en Turquie. Cet homme est analphabète et ne parle que le turc. J’ai moi-même recu un prix pour l’idée et la réalisation de notre Ferme TT, qui donne une chance à des jeunes dans les campagnes, en évitant l’exode rural, en réagissant au phénomène des enfants des rues et en permettant de créer des centaines de fermes biologiques avec des jeunes paysans, dont les voisins vont, à leur tour, reprendre ces idées à leur compte. J’en suis cependant au tout début et je sais qu’il me reste encore beaucoup de travail. Nous créons à présent un émetteur Ashoka pour toute l’Afrique. Je suis très motivée et je constate avec reconnaissance qu’au bout de 20 ans, nombreux sont ceux de nos orphelins qui sont devenus de jeunes hommes qui montrent la voie à suivre, et ce sont précisément ceux avec lesquels nous aurons un véritable avenir.

Je crois que nous pouvons encore travailler sur le modèle que nous avons adopté jusqu’ici, pour une Afrique meilleure! Evidemment, ensemble avec vous tous, n’est-ce pas captivant?

Mais d’abord nous partons en colonie de vacances, super! Grâce à votre aide, nous allons bien nous reposer, flemmarder, chanter et jouer pour commencer l’année avec des forces nouvelles.

Très cordialement et tous nos vœux.
Katrin Rohde de Ouagadougou