Quelques nouvelles du Burkina Faso
Chers amis de l’AMPO, vous tous qui nous aidez et nous accompagnez depuis tant d’années,
Il se passe tellement de choses dans notre petit pays, le Burkina Faso, que je ne sais par où commencer. Tout d’abord, et à l’africaine, je vous salue, j’espère que vous et vos familles allez tous bien et que le printemps qui arrive vous donne des ailes !
Naturellement, je commence par la Journée de la Femme, même si elle est déjà passée ! Cette journée est chaque année un grand évènement dans toute l’Afrique, dans la vie des mères, tantes, filles, amies et cousines. Toutes ces femmes se retrouvent et chacune porte une nouvelle robe, faite avec le tissu imprimé spécialement pour cette occasion chaque année. Nous parlons, donnons des conseils, montrons ce que nous savons faire, dansons et faisons la fête. Cette année, notre Centre d’Information PPF a accueilli, dès huit heures du matin, plus de 400 femmes qui ont pu déguster des gâteaux et des jus de fruits, danser et parler.
Dans ce Centre, qui reçoit environ 40000 femmes par an, elles peuvent obtenir des microcrédits et recevoir des informations sur le planning familial, la protection contre le sida, l’excision, l’hygiène etc. Les femmes en extrême précarité y reçoivent des encouragements et une aide active, dans la mesure du possible.
L’AMPO est une grande source d’espoir pour elles et elles nous le font savoir avec reconnaissance, en chantant et dansant avec nous ! Presque toutes ont des bébés ou des enfants en bas âge, et tous ces enfants sont notre espoir pour demain !
On danse jusqu’au soir dans tout Ouagadougou et traditionnellement ce sont les hommes qui doivent faire les courses pour la maison. Ils se rendent sur les marchés en ricanant et doivent alors connaître les prix des denrées – certaines marchandes multiplient en secret le prix du sucre par deux, c’est une question d’honneur !
A l’AMPO aussi toutes les filles ont mis leurs plus beaux vêtements, leurs nombreuses tresses sont bien arrangées, leurs pieds sont peints au henné et bien des petits secrets sont échangés. Cette fois-ci, les garçons de l’AMPO ont invité les filles à un match de football amical – et l’ont emporté de très peu !
Nous avons courageusement inauguré notre Centre Emma Yiri le 14 janvier. La trentaine de filles et de femmes qui s’y trouvent ont pu, à leur demande, se rendre dans notre jardin public pour y passer la journée. Ceverin, le Directeur, leur avait cuisiné tout seul un énorme repas – eh oui comme on le voit, c’est le triomphe du pouvoir des femmes !
L’inauguration de cette nouvelle réalisation de l’AMPO a fait l’objet de commentaires à la télévision, à la radio et dans les journaux. Plus de 600 invités étaient présents, sous le patronage officiel de l’Ambassadeur d’Allemagne, Monsieur Germann. Nous avons coupé ensemble le ruban, qui cette fois était vert, puisqu’il s’agit d’un projet écologique, et je n’ai pas pu m’empêcher de verser une larme, tellement j’étais émue. C’est le 7ième Centre de l’AMPO à être inauguré par un Ambassadeur d’Allemagne et je trouve que c’est un honneur pour les deux parties !
Suivant le concept qui est à la base de ce Centre, il était logique que le buffet soit bio et tout a été liquidé en un clin d’œil. Six Ambassadeurs nous ont fait l’honneur de leur présence et le champagne a coulé à flots, tandis que les 46 filles de l’AMPO jouaient du djembé et dansaient.
Les Présidents de l’Association et de la Fondation Katrin Rohde, Gerolf Wolpmann et Rebecca Trienekens, étaient venus d’Allemagne pour cette inauguration. Sabine Duwe du Bureau de Plön, que beaucoup d’entre vous connaissent par téléphone, se trouvait là aussi, une nouvelle fois au Burkina Faso. C’était un grand honneur et une grande joie pour tous nos collaborateurs et pour tous les enfants de l’AMPO, pour lesquels les invités ont organisé une fête avec des saucisses et des jeux ! D’autres amis sont venus du Danemark, d’Italie, de France, d’Espagne et d’Autriche, du Canada et des Etats-Unis.
Entre-temps, la vie quotidienne a repris son cours avec ce nouveau projet. Le potager du Centre Emma Yiri nous fournit des légumes bio, toutes les filles vont à l’école du Centre et même les vieilles dames de plus de 70 ans apprennent l’alphabet. Je n’ai jamais entendu de discussions aussi drôles et passionnées sur la différence qui existe entre « o » et « u ». Tout le monde apprend avec plaisir et progresse.
Une formidable italienne, Maître Potier, a enseigné, pendant cinq semaines, à toutes les femmes les bases de la poterie, à tel point que nous avons déjà eu droit à notre première exposition au Centre Américain à l’occasion de la Journée de la Femme ! Notre potier burkinabé assure la suite des cours et va bientôt inaugurer notre nouveau four.
Et nos autres Centres ? Tous les enfants vont bien et travaillent avec acharnement, chacune et chacun ayant à cœur de bien terminer l’année scolaire en mai. Pour les vacances de Pâques, on bûche le matin et l’après-midi on fait du sport, et cela tous les jours. Les petits apprennent maintenant à nager, chaque année c’est un évènement ! J’ai de longues discussions avec les jeunes filles. Elles veulent toutes être infirmières, c’est la mode en ce moment, et j’essaie de les en dissuader, car toutes n’ont pas les dispositions nécessaires. Le choix d’un métier est difficile dans un pays où il y a si peu de garanties d’avoir un emploi.
Le changement de climat, qui s’amorce maintenant, nous cause de grands soucis, avec la pénurie d’eau qui en résulte – tout du moins pour l’année passée. Pendant de nombreuses années, le gouvernement du Burkina Faso a sans cesse proclamé l’état d’urgence – bien trop souvent et sans raison. Seule une région de notre pays était concernée et aussitôt l’état faisait appel à l’aide internationale. Or, ici, chacun sait très bien vivre avec peu, on est habitué depuis un millénaire à faire face à toutes les catastrophes et en général on se plaint rarement. Etre pauvre est normal et il y a une marge entre la pauvreté et la misère !
Mais cette année, il s’agit désormais de l’ensemble de la zone du Sahel, surtout au nord où le bétail souffre déjà de faim et de soif et où les hommes sont de plus en plus maigres. La récolte de novembre ne laisse présager aucune amélioration !
Les grandes organisations d’assistance sont déjà sur place, pour éviter la situation que connaît la Somalie (au Burkina Faso, il nous faut aussi nourrir les milliers de fugitifs du Mali).
A l’AMPO, nous ne voulons pas donner des sacs de maïs ou de riz. Nous préférons davantage penser aux années suivantes, en prenant des mesures préventives durables, et vous demander une aide particulière : l’AMPO a déjà créé 16 petites fermes biologiques pour ceux qui sortent du Centre de Formation, pour lesquelles nous voudrions creuser des puits, car sans puits, il n’y a pas de récolte pour un paysan aussi bon soit-il. Un puits coûte entre 2000 et 5000 euros, en fonction de l’implantation. Voulez-vous nous aider ? C’est notre vœu le plus cher. L’eau nous donne à tous un nouvel espoir !
Après les évènements de l’année dernière, les visiteurs reviennent enfin au Burkina Faso. Les chambres d’hôtes de l’AMPO sont réservées pour des mois et notre restaurant est l’endroit préféré de nombreux groupes venant d’Allemagne, du Danemark et d’Italie.
Nombreux sont les amis qui viennent y passer quelques heures, car cet endroit est un bon poste d’observation, d’où l’on peut voir la rue sans être constamment abordé.
De nombreux touristes voient alors pour la première fois un fauteuil roulant burkinabé, car l’Atelier d’entretien des fauteuils roulants se trouve à côté. Les pièces de rechange y sont subventionnées à 75%. Je viens de recevoir les chiffres des deux derniers mois du Directeur de l’Atelier, Edouard. En février et mars, il a réparé à l’AMPO 176 fauteuils, il a fait six voyages (810 km) dans des villages éloignés, où 214 handicapés ont bénéficié de notre Atelier. Nous avons remis 11 nouveaux fauteuils roulants.
De vieux amis m’ont envoyé du Canada de l’argent pour la fourniture de 20 fauteuils. Soyez gentils de continuer à nous aider, car les handicapés qui ne possèdent pas de fauteuils roulants ont une vie misérable et indigne !
Oui ce restaurant reçoit beaucoup d’invités et c’est là qu’a lieu une fois par mois notre « réunion des habituées ». Toutes les femmes de Ouagadougou qui parlent allemand sont cordialement invitées et, pour une fois, nous ne parlons pas travail ! Cette année nous avons reçu beaucoup de groupes danois, car mon livre est paru en danois et est déjà épuisé, nouvelle surprenante ! Presque tous connaissent notre Chef Adama, sa renommée se répand dans toute l’Afrique ! Ses dons culinaires ont suscité également l’admiration de nos Présidents qui venaient d’Allemagne.
Nous avons aussi eu la visite, entre autres, de quatre pilotes de rallyes tchèques, très motivés. Arrivés dans le désert à Dakar, ils ont fait un petit « détour » de 2500 km pour venir rapidement nous saluer à l’AMPO et apporter des cadeaux offerts par des enfants tchèques. Ces héros ont été logés pendant trois jours chez les jeunes à l’Orphelinat dans leurs bolides suréquipés et aussi bruyants que des fusées. Ils ont naturellement suscité la plus vive admiration chez les enfants, qui les ont adorés. En avril, je leur rendrai visite en Tchéquie.
En effet, le cycle de conférences démarre bientôt. Je vais me rendre en Espagne, en Tchéquie, en Autriche et en Allemagne – vous aurez certainement les détails sur notre site web. Et si vous passiez par là ? Ce serait merveilleux !
Cette fois je peux partir l’esprit tout à fait tranquille, car j’ai une nouvelle personne à mes côtés, une amie du nom de Constanze Ternes. Elle vient passer les 3-4 années qui viennent avec moi à Ouagadougou, pour m’aider à résoudre les problèmes de l’AMPO. Rien ne pouvait m’arriver de mieux et je remercie à nouveau Dieu et mon destin (et naturellement vous aussi chère Constanze : merci !), car elle est arrivée juste au moment où je risquais d’être un peu fatiguée – eh oui, cette année je vais avoir 64 ans, inch’Allah, et j’ai donc le droit de montrer quelques signes de faiblesse, non ? Bon, pas tant que çà, promis !
Maintenant c’est beaucoup plus simple !
Je vous souhaite, à vous et à vos familles, un agréable printemps, avec peu de soucis, un peu de légèreté et le rire en plus.
Katrin Rohde de Ouagadougou







